Le charme ne se contente pas d’émaner d’un visage. Il voyage de visage en visage grâce à ce que les scientifiques nomment « échopraxie » : la tendance à répéter (« écho ») certains comportements (« praxis ») d’autrui. Cela explique pourquoi une personne charmée devient charmante : elle transmet l’onde de charme. Une cascade de réflexes échopraxiques — au même titre que le bâillement, le rire ou le dégoût —, que l’on doit à ceux qui ont su rester perméables à la sérénité qu’elle draine. Pour l’enfant, évidemment ouvert aux flux d’amour, l’œil qui frise est un sein qui lui fournit son miellat substantiel. Mais les coups durs et les blessures de l’existence dénaturent ce don, cette gourmandise optimale : à chaque nouvelle gifle nous nous rétractons sur nous-mêmes, nous rentrons nos antennes, perdons notre charme et notre porosité au charme. L’onde de charme nous passe à côté. Ne nous reste alors qu’une sensibilité aux ondes de choc, aux évènements saillants qui cognent et traumatisent.

Ce bonheur dans l’œil — charme irradiant — peut être causé par autre chose que ma présence, mais qu’importe ! S’il continue de rayonner face à moi, il m’est effectivement adressé. Il me parvient, me traverse et m’emporte ; que demander de plus ? Quand la petite Charlotte entend sa mère chanter sous la douche, ou quand son père jubile en faisant la cuisine pour douze invités, Charlotte n’est pas le déclencheur de ces réjouissances ; et pourtant, le bonheur manifeste de ses parents la comble de bonheur à son tour. Parce qu’elle les aiment, bien sûr. Autrement dit : parce que le tremblé de leur existence fait trembler sa propre existence. Parce qu’ils sont complices d’un même froufroutement de vie. Parce que les bonheurs de ceux qui s’aiment viennent grossir le flux d’un bonheur commun, et que cette onde de charme, par contagion allègre, crée un front de douceur paniquant et désorganisant le front violent des ondes de choc. Si des adultes gravitent suffisamment près de Charlotte pour trembler d’émotion et lui transmettre ce tremblement, leurs bonheurs entraînent la fillette, dans les deux sens du verbe : ils la rendent heureuse, et ils l’exercent au bonheur, à la digestion merveilleuse.

> Magique étude du Bonheur (groupe Facebook sur MEB).

> « Ondes portées du bonheur » (Libération).

> « Que du bonheur ? » (1 h de débat télé, France Ô).