Le projet amazonien d'une authentique libération des femmes commence par une prise de conscience individuelle. Il ne veut pas ajouter un nouveau corporatisme à ceux qui bafouent déjà confidentiellement les principes républicains. Les amazones partagent entre elles une lutte commune, mais elles la trahiraient en s'épaulant, en se cooptant, en se liguant contre la « fraternelle » fratrie des mâles. Déclarer la guerre des sexes est socialement suicidaire : les hommes ont des avant-bras plus musclés et une expérience multimillénaire en matière d'hécatombe. L'infiltration non-concertée, aléatoire, contagieuse est plus efficace que la coalition organisée.Théorie du chaos, pour renverser l'ordre établi avec une finesse impétueuse. L'amazone manœuvre seule et dans l'ombre ; mais les leçons qu'elle donne bénévolement aux mâles contribuent à changer leurs attitudes et, partant, profite à toutes celles qu'ils croiseront. Son premier terrain de bataille ? — entre ses jambes. Sa première arme ? — une luxuriante audace. Sa première résolution ? — interdire la persécution. Son premier obstacle ? — la langue, modelée par les phallocrates. Le masculin l'emporte sur le féminin, apprend-on à l'école. De nombreuses appellations de métiers, jadis bastions masculins, sonnent faux lorsqu'ils changent de sexe ; le mariage lui fait perdre son nom par tradition machiste ; la « Fraternité » de la devise républicaine l'exclurait presque de la République !
À quand la « Sororité » ?

> Je t'aime. Une autre politique de l'amour, Pli 160.