

Il faut croire aux rencontres, dit-on. À l'aube du XXIe siècle, les lois obscures de la bureaucratie universitaire imposent à Daniel Rossen et à Fred Nicolaus de partager la même chambre. De ce creuset fortuit sort, huit ans plus tard, un album envoûtant, In Ear Park, le second de leur groupe, Department of Eagles.
Philosophe à sa manière, le duo new-yorkais cherche une vérité épaisse à travers une densité sonore qui va déglingando. Leurs harmonies vocales se souviennent des Beatles — de quoi métamorphoser leur ancien appart d'étudiants en paradis. Ici, nulle transparence, nulle acmé : la mélodie s'étire sans jamais devenir guimauve, et vous masse les oreilles, vous cocoone et c'est bon. Guitares cycliques, percus nappées d'échos et piano perdu rendent l'ambiance doucement bancale des fins-fonds. Parfois, on sort. Le parc foisonne de violoncelles fantômes, de valses toutes en rondeurs et de fleurs d'automne. Un cocktail de onze morceaux pop-folk au goût de liqueur de prune, avec du Moondog, du Radiohead et du Clogs dedans.