





Conversation imaginaire, composée par Vincent Cespedes à partir de citations des propos de Jean Baudrillard (1929-2007) et de Pierre Bourdieu (1930-2002).
CESPEDES. Commençons par les insurrections spectaculaires et surmédiatisées de l'automne 2005 ! Les banlieues-ghettos n'en finissent pas de flamber. Le monde entier découvre une France discriminatoire. Le Ministre de l'Intérieur parle de « complot ». La plupart des incendiaires s'en prennent à l'autorité : l'État, l'École, la police. Or, sans doute à tort, certaines personnes comparent ces émeutes populaires…
BOURDIEU. À des mouvements politiques ambigus comme les révoltes étudiantes de 1968. [1]
CESPEDES. De fait, avec trois semaines de violences, ces agitations sont les plus importantes depuis cette date mythique. Bilan : neuf mille véhicules incendiés, six cent jeunes écroués.
BAUDRILLARD. Quelque chose en tout homme se réjouit profondément de voir brûler une voiture. [2]
CESPEDES. Une autre mobilisation, rappelant peut-être davantage Mai 68, fut le mouvement anti-CPE, qui de février à avril 2006 lutta contre la précarisation des jeunes et laissa transparaître des velléités révolutionnaires.
BAUDRILLARD. Les étudiants, à la différence de ceux de 68, n'ont jamais pu, ou jamais voulu, faire monter les enjeux politiques car, au fond, il n'y a même plus assez de pouvoir en face pour qu'on veuille le renverser. [3]
BOURDIEU. À la différence de leurs aînés de 1968, ils ne s'embarrassent pas de grands modèles politiques. [4]
BAUDRILLARD. Soixante-huit, c'était génial. [5]
BOURDIEU. Les mouvements étudiants développaient l'idée que les étudiants étaient une classe. [6]
BAUDRILLARD. Non ! [7]
BOURDIEU. Ils décrivaient les rapports étudiants-professeurs comme lutte des classes. [8]
BAUDRILLARD. Nous avions quand même un certain pouvoir, les étudiants étaient derrière nous. [9]
CESPEDES. Car vous enseigniez à la Faculté de Nanterre, aux côtés d'Henri Lefebvre, quand la révolte étudiante a éclaté…
BAUDRILLARD. Nanterre, c'était le département de sociologie, c'était Cohn-Bendit, c'était le 22 mars… Nous étions au cœur des « événements ». Nous participions aux AG, nous sommes allés sur les barricades… L'« esprit de mai » a ensuite soufflé quelques années encore à Nanterre. [10]
CESPEDES. En quoi Mai 68 amorce-t-il ce que vous appelez un « séisme lent » ?
BAUDRILLARD. C'est tout de même l'événement par lequel la classe politique a commencé son processus de déstabilisation, de décrédibilisation, processus qui dure toujours et qu'il n'est plus maintenant besoin d'aider, la classe politique gérant elle-même son propre travail de destruction… [11]
CESPEDES. La dynamique de 68 paraît pourtant bien plus explosive que ce « processus de déstabilisation » !
BAUDRILLARD. Une bonne part des événements de 68 ont pu relever encore de cette dynamique révolutionnaire et d'une violence explosive, mais autre chose dans le même temps a commencé là : l'involution violente du social, sur tel point déterminé, et l'implosion consécutive et soudaine du pouvoir, sur un laps de temps bref, mais qui n'a jamais cessé depuis. [12]
CESPEDES. « Mai 68, le début du déclin » : un thème cher aux conservateurs de tout poil !
BOURDIEU. Depuis Mai 68. [13]
BAUDRILLARD. Certes, depuis 68, et grâce à 68, le social, comme le désert, grandit, — participation, gestion, autogestion généralisée, etc. — mais en même temps se rapproche en de multiples points plus nombreux qu'en 68, de sa désaffection et de sa réversion totale. [14]
CESPEDES. Et pourquoi Mai 68 en serait-il le point de départ ?
BAUDRILLARD. Parce que la secousse de Mai 68 a ébranlé tout le système dans les profondeurs de son organisation symbolique. [15]
BAUDRILLARD. Pour nous, soixante-huit n'était plus déjà plus exactement du politique, plutôt du symbolique, « métahistorique » presque. Ensuite, tout était fini ; avec les années soixante-dix, on passait au-delà de la fin. [16]
CESPEDES. Et nous y sommes encore, donc ! Individualisme triomphant, pouvoir en panne de légitimité…
BAUDRILLARD. Il n'y a même plus de pouvoir à proprement parler, lui aussi est déliquescent. D'où l'impossibilité du retour de flammes de 68. [17]
BAUDRILLARD. C'est ça l'effet Mai 68. Il est impossible aujourd'hui où le pouvoir lui-même, après le savoir, a foutu le camp, est devenu insaisissable. S'est dessaisi lui-même. [18]
CESPEDES. « L'imagination au pouvoir » a-t-elle rendu le pouvoir… imaginaire ?
BAUDRILLARD. Il faut se défaire une fois pour toutes de l'illusion, très Mai 68, mais au fond une idée des Lumières, de l'imagination ou de l'intelligence au pouvoir (à revoir toutes les utopies naïves de 68 : « L'imagination au pouvoir ! » mais aussi « Prenez vos désirs pour la réalité ! » « Jouissez sans entraves ! » — tout ce qui s'est réalisé, hyperréalisé « sans entraves », de par le développement pur et simple du système). [19]
CESPEDES. Mais la société de consommation prouve qu'il y a encore du pouvoir, même s'il se concentre dans les mains de quelques-uns !
BOURDIEU. À travers le pouvoir presque absolu qu'ils détiennent sur les grands groupes de communication, c'est-à-dire sur l'ensemble des instruments de production et de diffusion des biens culturels, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques qui, dans la plupart des sociétés, étaient restés distincts, voire opposés, et ils sont ainsi en mesure d'imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. [20]
BAUDRILLARD. Une situation toute nouvelle est créée, une situation de répression parfaite, et qui, par le fait qu'elle s'exerce au-delà du politique, appelle un type d'intervention transpolitique. C'est ce type d'intervention qu'on a vu surgir au mois de mai. [21]
CESPEDES. Ce mouvement a-t-il réussi à conjurer la répression ?
BAUDRILLARD. La répression, en pays civilisé, n'est plus une négation, une agression, c'est une ambiance. C'est la quotidienneté pacifiée, où s'efface la distinction entre le ludique et le policier. [22]
CESPEDES. Vous ne répondez pas à ma question…
BAUDRILLARD. Ce fut une des victoires du mouvement de Mai d'avoir pu conjurer la répression, de l'avoir fait surgir comme la vérité de l'institution et de l'ordre social, mais ce fut sa faiblesse de n'avoir pu la conjurer que sous une forme spectaculaire, dans ses aspects meurtriers et archaïques, sur lesquels bien sûr s'est nouée une solidarité tactique (« Tout le monde contre la répression »), mais sur lesquels aussi le mouvement s'est épuisé dans une guérilla spectaculaire — pour finir dans la fascination de l'affrontement de rue symbolique, où la répression incarnée devenait, ainsi que dans l'iconographie et le folklore obsessionnels inspirés par les CRS, l'objet de consommation n° 1 de l'imagination révoltée. [23]
CESPEDES. Le pouvoir ne peut-il pas servir les bons sentiments qui se sont exprimés en Mai — « Abolition de l'aliénation », « Vibration permanente et culturelle », etc. — ?
BOURDIEU. Avec de bons sentiments, on fait de la mauvaise politique. [24]
BAUDRILLARD. Le pouvoir consiste dans le monopole de la parole : la parole (la décision, la responsabilité) ne s'échange plus. Mais cette situation est explosive — ceux mêmes qui ont le pouvoir le savent. Et nous les voyons tenter désespérément de se dessaisir d'une partie de la parole, de redistribuer une part des responsabilités, pour éviter les ressacs du type de Mai 68. Mais ils ne le peuvent pas. Ils voudraient bien faire participer, mais la participation se révèle à chaque fois être la meilleure tactique de reproduction élargie du système. Plus on accorde d'autonomie à tout le monde, plus la décision se concentre au sommet. [25]
BOURDIEU. Les intellectuels sont particulièrement inventifs quand il s'agit de masquer leurs intérêts spécifiques. Par exemple, après 68, il y avait dans le monde intellectuel français un topos qui consistait à demander : « Mais d'où parles-tu ? De quel lieu suis-je en train de parler ? » [26]
CESPEDES. Importance de la position sociale des locuteurs, et méfiance envers les déclarations pompeuses ou non suivies d'effets… « Le discours est contre-révolutionnaire » disait un graffiti. Or cela n'a pas empêché une formidable libération de la parole, au contraire ! Comment analysez-vous ce phénomène ?
BOURDIEU. 68, c'était la transgression qui faisait monter le niveau du dicible : on peut en dire de plus en plus parce que d'autres l'ont dit. [27]
BAUDRILLARD. De 68 on peut dire : la parole était sa propre fin. C'était une utopie déjà auto-référentielle. [28]
CESPEDES. Cet embrasement de la parole peut-il se renouveler aujourd'hui ?
BAUDRILLARD. Il me semble qu'en 68 la parole constituait encore une utopie, une forme utopique éphémère forte, d'autant plus forte qu'éphémère, de l'éphémérité qu'a la parole face au discours… Cet embrasement utopique de la parole est-il encore imaginable ? Je ne le crois plus, j'ai plutôt l'impression que prendre aujourd'hui la parole ne signifie plus grand-chose. [29]
CESPEDES. Mais cela peut révéler beaucoup de choses, non ? Comme l'appartenance sociale, voire politique ?
BOURDIEU. Au cours d'un débat télévisé entre Balmain et Scherrer, vous auriez tout de suite compris, rien qu'à leur diction, qui était à « droite », qui était à « gauche ». [30]
CESPEDES. Pierre Balmain et Jean-Louis Scherrer, deux créateurs de haute couture.
BOURDIEU. Balmain faisait des phrases très longues, un peu pompeuses, défendait la qualité française, la création, etc. ; Scherrer parlait comme un leader de Mai 68, c'est-à-dire avec des phrases non terminées, des points de suspension partout, etc. [31]
CESPEDES. Refus de s'enfermer dans l'affirmative et le dogmatisme : « L'agresseur n'est pas celui qui se révolte mais celui qui affirme », lisait-on sur les murs de Nanterre.
BAUDRILLARD. Le vrai medium révolutionnaire en Mai, ce sont les murs et leur parole, les sérigraphies ou les affiches à la main, la rue où la parole se prend et s'échange — tout ce qui est inscription immédiate, donné et rendu, parlé et répondu, mouvant, dans un même temps et un même lieu, réciproque et antagoniste. La rue dans ce sens est la forme alternative et subversive de tous les mass media, car elle n'est pas, comme ceux-ci, support objectivé de messages, sans réponse. [32]
CESPEDES. D'où les fameux slogans : « La politique se passe dans la rue », « La poésie est dans la rue »…
BAUDRILLARD. Institutionnalisée par la reproduction, spectacularisée par les media, elle crève. [33]
CESPEDES. L'ennemi mortel de la rue, ce serait donc la reproduction médiatique ?
BAUDRILLARD. La télé. Véritable solution finale à l'historicité de tout événement. [34]
BOURDIEU. Notre télévision est structurée comme un match de catch, et le public est transformé en spectateur passif de jeux de cirque. La télé, qui aurait pu exprimer la démocratie directe, est devenue l'instrument principal de l'oppression symbolique… [35]
CESPEDES. Les journalistes n'ont-ils pas là un combat à mener ?
BOURDIEU. C'est malheureusement le journal de 20 heures qui commande le reste de l'information. C'est alors à l'intérieur de ces univers de pouvoir symbolique qu'il faut agir. Ce n'est pas chez les métallos comme en 68. Même pour le bien des métallos, il faut peut-être lutter à Libé, au Monde, etc. [36]
BAUDRILLARD. Le jour où ce procès se généralisera dans toute la société, Mai 68 prendra la forme d'une explosion générale, et le problème de la liaison étudiants/travailleurs ne se posera plus. [37]
CESPEDES. Propageant généralement la pensée unique, les médias peuvent donc aussi propager l'incendie…
BAUDRILLARD. Mai 68 peut servir d'exemple. Tout peut laisser croire à l'impact subversif des media pendant cette période. Radios périphériques, journaux ont répercuté partout l'action étudiante. Si celle-ci fut le détonateur, les media furent le résonateur. Le pouvoir ne s'est d'ailleurs pas privé de les accuser de « faire le jeu » des révolutionnaires. Mais cette évidence se fonde sur une absence d'analyse. [38]
BOURDIEU. Tout est fait pour que les gens aient la censure dans la tête. Pourquoi tout d'un coup on ne ferait pas un truc qui ne serait pas prévu dans le programme ? [39]
BAUDRILLARD. Mai 68 avait un haut degré événementiel, n'étant ni prévu, ni modèle de péripéties futures. [40]
BOURDIEU. Il y a des positions contenant un programme implicite et on met un type qui est programmé. Et ça marche d'une façon incroyable. [41]
BAUDRILLARD. Il est inutile en effet de fantasmer le détournement policier de la TV par le pouvoir (Orwell, 1984) : la TV, c'est, par sa présence même, le contrôle social chez soi. Pas besoin de l'imaginer comme un périscope espion du régime dans la vie privée de chacun, puisqu'elle est mieux que cela : elle est la certitude que les gens ne se parlent plus, qu'ils sont définitivement isolés face à une parole sans réponse. [42]
CESPEDES. N'y a-t-il rien qui ait déjà réussi à rompre cette asymétrie et à répondre malgré tout ?
BAUDRILLARD. Le détournement publicitaire par les graffiti après Mai 68. Transgressif, non parce qu'il substitue un autre contenu, un autre discours, mais bien parce qu'il répond, là, sur place, et brise la règle fondamentale de non-réponse de tous les media. [43]
CESPEDES. N'oppose-t-il pas un code à un autre code ?
BAUDRILLARD. Je ne pense pas : il brise tout simplement le code. Il ne se donne pas à déchiffrer comme texte concurrent du discours publicitaire, il se donne à voir comme transgression. [44]
CESPEDES. Et qui donc aujourd'hui aurait intérêt à « briser le code » ?
BOURDIEU. La pub française traite très mal des femmes ! Si j'étais une femme, je casserais ma télévision ! [45]
CESPEDES. Mais est-ce le seul moyen ? Ne peut-on pas par exemple critiquer la télévision à la télévision ?
BOURDIEU. La télévision, instrument de communication, est un instrument de censure (elle cache en montrant) soumis à une très forte censure. [46]
BAUDRILLARD. C'est donc une illusion stratégique de croire en un détournement critique des media. [47]
BOURDIEU. On ne peut pas critiquer la télévision à la télévision parce que les dispositifs de la télévision s'imposent même aux émissions de critique du petit écran. [48]
CESPEDES. Un cercle vicieux… Les médias de masse sont-ils donc formellement contre-révolutionnaires ?
BAUDRILLARD. On a pu objecter que les media de masse avaient joué leur rôle en Mai 68, en amplifiant spontanément le mouvement révolutionnaire. [49]
CESPEDES. Le moment est venu de répondre à cette objection !
BAUDRILLARD. En diffusant l'événement dans l'universalité abstraite de l'opinion publique, ils lui ont imposé un développement soudain et démesuré et, par cette extension forcée et anticipée, ont dépouillé le mouvement original de son rythme propre et de son sens — en un mot : ils l'ont court-circuité. [50]
CESPEDES. La grève générale a pourtant bel et bien eut lieu.
BAUDRILLARD. Celle de Mai 68, à laquelle les media ont largement contribué en exportant la grève à tous les coins de France, fut en apparence le point culminant de la crise, en fait le moment de sa décompression, de son asphyxie par extension, de sa défaite. [51]
BOURDIEU. Il faut inventer de nouvelles formes de lutte. [52]
CESPEDES. Mais la récupération politico-médiatique menace toujours…
BOURDIEU. Le problème est d'arriver à devenir une force politique sans devenir des hommes politiques. [53]
BAUDRILLARD. Ah, oui ! Tout repose entièrement là-dessus. [54]
BOURDIEU. Il faut faire des coups. Se servir de l'autorité, du prestige symbolique, tourner en ridicule, faire apparaître les faiseurs de télé pour ce qu'ils sont : des cons qui disent n'importe quoi. Mais pour ça, il faudrait une cellule permanente de réflexion. [55]
BAUDRILLARD. Dans les années 66-67, avec la revue Utopie, nous avions institué notre propre fief. [56]
CESPEDES. Avec Hubert Tonka et d'autres, vous soumettiez la société à une critique radicale… Du Mai 68 avant l'heure ?
BAUDRILLARD. Une remise en cause qui, bien sûr, annonce soixante-huit, un « moment » durant lequel n'importe quelle activité un peu formalisée, un peu professionnalisée, était remise en cause… Ce mouvement était pré-soixante-huitard, sans aucun doute. Et d'ailleurs, de fait, Utopie ne pouvait plus guère exister très longtemps après soixante-huit. [57]






CESPEDES. Et vous, Pierre Bourdieu, en 1970 vous publiez avec Jean-Claude Passeron La Reproduction, un livre qui s'inscrit dans la critique — très sixties — des structures sociales modernes héritées de la bourgeoise. Vous y dressez un constat terrible : les inégalités scolaires ne sont que le reflet des inégalités sociales ; c'est le « capital culturel » des parents qui permet la réussite scolaire des enfants. Or aujourd'hui, rien n'a changé…
BOURDIEU. En dépit du soubresaut de 1968, qui, loin de révolutionner les structures de champ des institutions d'enseignement supérieur, semble avoir favorisé des réactions individuelles et collectives tendant à les renforcer. [58]
CESPEDES. Quand avons-nous pris conscience que nous étions passés de la production du nouveau à la reproduction du même ?
BAUDRILLARD. La première onde de choc de ce passage de la production à la pure et simple reproduction a été Mai 68. Elle a touché l'université d'abord, et d'abord les facultés de lettres et de sciences humaines, parce que c'est là qu'il est devenu de plus en plus évident (même sans une conscience « politique » claire) qu'on n'y produisait plus rien, et qu'on ne faisait plus qu'y reproduire (des enseignements d'abord, du savoir et de la culture ensuite, qui n'étaient eux-mêmes que facteurs de reproduction du système général — Bourdieu/Passeron). [59]
CESPEDES. Qu'est-ce qui a permis cet avènement de la reproduction ?
BAUDRILLARD. Une stratégie idéologique. La même que celle que décrit Bourdieu dans La Reproduction à propos du système scolaire et culturel. [60]
BOURDIEU. Après Mai 68, ayant l'intention d'étudier les conflits dont le système d'enseignement est le lieu et l'enjeu, j'ai commencé à analyser toutes les enquêtes qui avaient été réalisées par des instituts de sondage à propos du système d'enseignement. [61]
CESPEDES. Vous formulez votre verdict en janvier 1972…
BOURDIEU. Plus de deux cent questions sur le système d'enseignement ont été posées depuis Mai 1968, contre moins d'une vingtaine entre 1960 et 1968. Cela signifie que les problématiques qui s'imposent à ce type d'organisme sont profondément liées à la conjoncture et dominées par un certain type de demande sociale. [62]
CESPEDES. Les mouvements sociaux influencent donc la sensibilité d'une époque. Alors qu'est-ce qui fait que les socialistes ne les encouragent pas davantage ?
BOURDIEU. La conversion collective à la vision néo-libérale qui, commencée dans les années 70, s'est achevée, au milieu des années 80, avec le ralliement des dirigeants socialistes. [63]
CESPEDES. Et le socialisme en a pris un coup !
BAUDRILLARD. Le dernier grand sursaut d'antisociété, Mai 68, a retardé son avènement de dix ans. Tant qu'il est resté un ferment minimal d'insubordination, de fronde, de refus, d'ironie ou de désaffection, d'exigence radicale (même fantasmagorique) — pas de socialisme. [64]
BOURDIEU. L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social, qui a « civilisé » l'économie de marché tout en contribuant grandement à son efficacité. [65]
BOURDIEU. Les vraies réponses à la fascisation rampante ou déclarée ne peuvent venir que des mouvements sociaux. [66]
BAUDRILLARD. Depuis Mai 68, c'est le pas théorique et pratique le plus décisif qui ait été franchi. [67]
CESPEDES. Mais, encore une fois, qu'est-ce qui empêche d'en saisir l'importance aujourd'hui ?
BOURDIEU. Le discours sur l'« insécurité ». [68]
CESPEDES. Mais la sécurité était déjà vertement critiquée par les manifestants de Mai 68 !
BOURDIEU. Sans parler de Baudrillard. [69]
CESPEDES. « Vous finirez tous par crever du confort », lisait-on dans le hall du grand amphi de Nanterre !
BAUDRILLARD. La sécurité est le prolongement industriel de la mort, tout comme l'écologie est le prolongement industriel de la pollution. Quelques bandelettes de plus au sarcophage. Ceci est vrai aussi des grandes institutions qui font la gloire de notre démocratie : la Sécurité sociale, c'est la prothèse sociale d'une société morte (« La Sécurité sociale, c'est la mort ! » — Mai 68). [70]
CESPEDES. Donc d'après vous, Pierre Bourdieu, c'est le discours sur l'« insécurité » qui escamote aujourd'hui les mouvements sociaux ?
BOURDIEU. Le discours sur l'« insécurité » et la politique qu'il encourage. [71]
BOURDIEU. Un mode de production qui implique un mode de domination fondé sur l'institution de l'insécurité, la domination par la précarité : un marché financier dérégulé favorise un marché du travail dérégulé, donc un travail précaire qui impose la soumission aux travailleurs. [72]
CESPEDES. C'est peut-être notre société d'« esclaves » — « Métro, boulot, dodo » — qu'il faudrait remettre en question…
BAUDRILLARD. La libération sexuelle, qui était la grande affaire de cette époque-là, tout comme la libération du travail, ne sortait pas du schéma productiviste. Il s'agissait de libérer de l'énergie. [73]
BOURDIEU. Les emplois jetables d'une « société de serviteurs », comme dit André Gorz, se multiplient. [74]
BAUDRILLARD. On voit apparaître (Mai 68) : « Ne travaillez jamais ! », mais aussi dans les grèves Fiat, chez Usinor, avec la grève pour la grève, sans revendications, des pratiques qui nient non plus seulement l'exploitation, mais le travail lui-même, comme principe de réalité et rationalité, comme axiome. [75]
CESPEDES. Je pense à cette autre inscription : « Les gens qui travaillent s'ennuient quand ils ne travaillent pas. Les gens qui ne travaillent pas ne s'ennuient jamais. » Une attaque du système à la racine. Au même titre que les grèves sauvages, déjouées par les syndicats et leurs « grèves reconductibles » : ils réduisent les grèves en petits chapelets, morcelant le droit de faire grève en petites libertés négociées…
BOURDIEU. Il n'y a pas de petites libertés. [76]
BAUDRILLARD. On l'a vu en Mai 68, on l'a vu au Mans dans la grève des OS, on vient de le voir pour le métro : partout les syndicats ont pour tactique de diffuser la grève pour la diluer, pour en « étendre la solution » et la contrôler. C'est cette police qu'ils exercent avec le label du régime. Une grève sauvage, elle, est minoritaire. [77]
CESPEDES. On lisait sur les murs de Mai : « Travailleur, tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre siècle. »
BOURDIEU. Le syndicalisme européen qui pourrait être le moteur d'une Europe sociale est donc à inventer, et il ne peut l'être qu'au prix de toute une série de ruptures. [78]
CESPEDES. Dont des ruptures symboliques, pour exprimer la révolution ?
BAUDRILLARD. Les Communards, les gens des grèves sauvages, ceux de Mai 68, ce n'est pas la révolution qui parle en filigrane, ils sont la révolution. [79]
CESPEDES. « Soyez réalistes, demandez l'impossible ! » exhortent-ils…
BAUDRILLARD. Il n'y a pas de possible ou d'impossible. L'utopie est là, dans toutes les énergies dressées contre l'économie politique. [80]
BOURDIEU. Imaginez un peu ce que ça pourrait donner aujourd'hui avec des révolutionnaires de Mai 68 convertis au néolibéralisme. [81]
CESPEDES. Et vous deux, êtes-vous aussi « la révolution » ?
BAUDRILLARD. Moi, je ne le sais pas. Si vous avez une idée là-dessus, dites-la moi. [82]
BOURDIEU. C'est une fausse question. Les révolutions réelles ne peuvent exister que si elles suivent une révolution symbolique, c'est-à-dire si les structures mentales des gens sont changées. Et ces révolutions symboliques, à l'heure actuelle, ne peuvent être accomplies que par des gens qui ont assez de capital intellectuel pour cela. Or, ils n'ont aucun intérêt à le faire, car la caste dirigeante, de droite ou de gauche, les a pris à son service. Ils sont devenu des intellectuels de cour et ont trahi leur mission : au lieu de dévoiler, ils masquent. [83]
CESPEDES. Et ces « intellectuels de cour » minimisent, voire diabolisent la crise de 68 !
BOURDIEU. La réaction de panique rétrospective qu'a déterminée la crise de 68, révolution symbolique qui a secoué tous les petits porteurs de capital culturel, a créé (avec, en renfort, l'effondrement — inespéré ! — des régimes de type soviétique) les conditions favorables à la restauration culturelle au terme de laquelle la « pensée Sciences Po » a remplacé la « pensée Mao ». [84]
CESPEDES. Pourtant, il reste encore des intellectuels qui se réclament de 68 !
BAUDRILLARD. Beaucoup de ceux qui s'en réclament n'ont en fait jamais accepté le dérèglement des mœurs intellectuelles des années 60-70. Ils flirtent avec certaines formes radicales de pensée, mais leur conjugalité est ailleurs. [85]
BOURDIEU. Bien sûr, en 68, il y avait une dimension plus pittoresque, une critique des appareils extrêmement sympathique, mais nombre de maoïstes ou de trotskystes de cette époque ont opéré des reconversions politiques (de gauche à droite) tout à fait semblables à celles des staliniens des années 50. [86]
CESPEDES. Inversement, comment comprendre l'originalité de certains philosophes inspirés par cette période, tels Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida ?
BOURDIEU. Ces « hérétiques » ont été placés dans une situation très curieuse : ils ont dû faire de nécessité sociale vertu intellectuelle et transformer le destin collectif d'une génération en un choix électif. [87]
CESPEDES. Une « hérésie » conjoncturelle, donc ?
BOURDIEU. Normalement liés à la simple reproduction du système universitaire par un succès universitaire qui les vouait aux positions dominantes, ils voient ce système s'effondrer sous leurs pieds et, notamment à la suite du mouvement de mai 68 et des transformations de l'Université française qui en résultent, ils appréhendent les anciennes positions dominantes comme intenables ou insupportables. Ils sont alors conduits à une sorte de disposition anti-institutionnelle qui a, au moins pour une part, ses racines dans leur relation à l'Université en tant qu'institution. [88]
CESPEDES. À côté d'eux, il y avait les détracteurs de Mai…
BOURDIEU. Ferry et Renaut avaient proclamé la fin de « la pensée 68 ». [89]
CESPEDES. Luc Ferry, qui d'ailleurs n'hésitera pas à vous comparer au leader de l'extrême droite française, Jean-Marie Le Pen, écrivant à votre sujet : « Comme Le Pen, il exprime les exaspérations et les angoisses de ceux qui se perçoivent comme les victimes d'un univers libéral en pleine mondialisation. L'ennui est que, s'il les soulage dans l'instant, il ne les aide guère au final, tant il est vrai qu'un intellectuel ne doit pas renoncer à la vérité, fût-ce pour les délices d'une fonction tribunitienne bien rétribuée. » Quatre ans après ce camouflet, le pourfendeur de Mai 1968 devient ministre de l'Éducation dans le gouvernement de droite de 2002… [89 bis]






BOURDIEU. Les prétendus libérateurs tels que je les vois, les hommes politiques, les intellectuels, etc., m'apparaissent souvent comme tellement noyés dans des contraintes, des contradictions non perçues, non analysées, que je suis toujours sceptique sur leurs capacités libératrices. [90]
BAUDRILLARD. Les Luc Ferry et consorts font, finalement, du postmoderne, à leur façon. On ne le nomme pas ainsi, mais ils sont en train de rebricoler un sujet, un humanisme bancal… [91]
BOURDIEU. Gardiens de l'ordre moral. [92]
BAUDRILLARD. Tout à fait, un vieux fond moral qui réapparaît, une remise en place des systèmes de valeurs… Ce qu'avait voulu l'après-soixante-huit, c'était tout de même une liquidation. Il fallait au moins aller au bout de tout ça, et non pas revenir sur ces choses-là pour bricoler avec le passé. Nous avions détruit — ou déconstruit — ce vieux fond moral. Nous l'avions, quoi qu'il en soit, analysé dans la joie, et aujourd'hui on voit tous ces gens s'appliquer à le reconstruire dans la détresse, en tout cas dans la tristesse. [93]
BOURDIEU. Ce changement ne s'est pas limité à ces transformations de l'humeur idéologique que les « philosophes » médiatiques annoncent comme « retour du sujet » ou « mort de la pensée 68 ». Il s'est accompagné d'une démolition de l'idée de service public, à laquelle les nouveaux maîtres à penser ont collaboré. [94]
CESPEDES. Et aussi d'une démolition de l'intellectuel critique ! Voyez par exemple le livre Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéen, signé en 1991 par une brochette de moralistes bon teint : Luc Ferry, Alain Renaut, André Comte-Sponville, Pierre-André Taguieff — qui fait de Nietzsche un fasciste militant !
BOURDIEU. Je considère que le travail de démolition de l'intellectuel critique, mort ou vivant — Marx, Nietzsche, Sartre, Foucault et quelques autres que l'on classe en bloc sous l'étiquette « pensée 68 » — est aussi dangereux que la démolition de la chose publique et qu'il s'inscrit dans la même entreprise globale de restauration. [95]
CESPEDES. Une restauration activement plébiscitée par les médias… Cependant, ces réactionnaires sont-ils vraiment dangereux ?
BOURDIEU. Ces intellectuels médiatiques sont des « bouzilleurs », comme on le disait au XIXe siècle des mauvais peintres. Ils discréditent les causes qu'ils font mine de servir et ils peuvent mettre leur visibilité médiatique mal acquise au service des pires actions symboliques. [96]
CESPEDES. Lesquelles, par exemple ?
BOURDIEU. Je pense par exemple à la contribution qu'ils apportent aujourd'hui à l'encouragement d'une forme soft, politiquement irréprochable, de racisme anti-musulman (pour ne pas dire anti-Arabe) en se faisant les pourfendeurs d'un « islamisme » indifférencié dans lequel ils englobent sans discernement le Bangladesh, l'Iran, l'Égypte, l'Algérie et les beurettes voilées des banlieues. [97]
CESPEDES. Ne souffre-t-on pas d'un manque de discernement similaire en parlant de Mai 68 comme d'un tout unifié ? N'a-t-il pas plusieurs visages ?
BOURDIEU. Mai 68 a pour moi deux visages. D'un côté, comme dans toutes les situations de crise où la censure sociale se relâche, le visage du ressentiment de bas clergé qui, dans l'Université, les journaux, à la radio, à la télévision, règle des comptes et laisse parler à voix haute la violence refoulée et les fantasmes sociaux. [98]
CESPEDES. Nous sommes donc loin, ici, de la subversion festive !
BOURDIEU. Il y avait de terribles ambiguïtés dans le mouvement de mai 68 et la face rigolarde, intelligente et un peu carnavalesque, incarnée par Daniel Cohn-Bendit, a masqué un autre visage, beaucoup moins drôle et sympathique, du mouvement : le ressentiment est toujours prêt à s'engouffrer dans la moindre brèche qui s'ouvre à lui… [99]
CESPEDES. « Attention : les arrivistes et les ambitieux peuvent se travestir en prenant un masque "socialard" », prévenait un graffiti de Mai… Deux visages, donc. D'un côté, les frustrés du pouvoir qui soudain s'en donnent à cœur joie pour critiquer les caciques en place, mais de l'autre ?
BOURDIEU. De l'autre, le visage de l'innocence sociale, de la jeunesse inspirée qui, entre autres choses par le refus de mettre des formes, met en question tout ce qui est admis comme allant de soi, produisant ainsi une extraordinaire expérimentation sociale dont la science sociale n'a pas fini d'analyser les résultats. [100]
CESPEDES. Un renouveau idéologique ?
BOURDIEU. Dans les années 1960, un certain nombre de gens, des sociologues en France et aux États-Unis, annonçaient la « fin des idéologies ». Quelques années après, en 1968, c'était une des plus extraordinaires explosions d'« idéologie » que le monde ait connu. [101]
BAUDRILLARD. La perte du sens, la fin de l'histoire, l'agonie du politique, la transparence et l'indétermination du social lui-même, la puissance de la simulation, l'omniprésence et l'obscénité des médias, c'est autour de tout cela qu'a tourné une certaine surfusion intellectuelle et théorique de ces années 60/70, qui, elles, furent véritablement une sorte d'état de grâce. C'est tout cela qui était en jeu en 68. [102]
CESPEDES. Que reste-t-il de ce séisme, quarante ans après ? Quelle aura été la vérité de 68 ? « L'imagination au pouvoir » ?
BAUDRILLARD. 68 n'avait pas mis l'imagination au pouvoir, il s'était contenté d'une joyeuse assomption dans l'imaginaire, et d'un joyeux suicide, ce qui est, en histoire, la forme la plus courtoise du succès. 68 avait exalté l'exigence poétique du social, l'inversion de la réalité et du désir, et non leur réconciliation vertueuse dans un passage à l'acte socialiste. 68 est heureusement resté une métaphore violente, sans jamais devenir une réalité. [103]
BOURDIEU. Qu'est-il resté de ce grand ébranlement de l'ordre symbolique ? [104]
BAUDRILLARD. La faille de 68. [105]
BOURDIEU. Dans le champ politique proprement dit, à peu près rien : la logique des appareils et des partis, que la critique libertaire n'avait pas épargnés, est mieux faite pour exprimer la rationalisation vertueuse des intérêts corporatifs que l'humeur anti-institutionnelle qui restera pour moi la vérité du rire de Mai. [106]
[2] Le Miroir de la production, Galilée, 1985, p. 158. <<
[3] « Place aux événements voyous », Libération, 14 avril 2006. <<
[5] À propos d'Utopie (entretien avec Jean-Louis Violeau), Sens&Tonka, 2005, p. 66. <<
[7] Revue Lignes, n° 1, Librairie Séguier, novembre 1987, p. 75. <<
[9] À propos d'Utopie, op. cit., pp. 35-36. <<
[10] Ibid., pp. 34-35. <<
[11] Revue Lignes, n° 18, Hazan/Lignes, janvier 1993, pp. 41-42. <<
[12] Simulacres et simulations, Galilée, 1981, p. 111. <<
[14] Ibid., p. 111. <<
[15] Le Ludique et le policier — et autres écrits parus dans Utopie (1967-1978) , Sens&Tonka, 2001, p. 282. <<
[16] À propos d'Utopie, op. cit., p. 39. <<
[17] Le Ludique et le policier, op. cit., p. 367. <<
[18] Ibid., p. 368. <<
[19] « Carnaval et cannibale ou le jeu de l'antagonisme mondial » (2004), in Baudrillard, Éditions de l'Herne, 2004, p. 277. <<
[21] Le Ludique et le policier, op. cit. , p. 33. <<
[22] Ibid., p. 17. <<
[23] Ibid., pp. 15-16. <<
[25] Le Miroir de la production, op. cit. , p. 163. <<
[28] Revue Lignes, n° 18, op. cit., p. 43. <<
[29] Ibid., pp. 41-42. <<
[32] Le Ludique et le policier, op. cit., p. 76. <<
[33] Ibid., p. 76. <<
[34] Simulacres et simulations, op. cit., p. 77. <<
[37] Le Ludique et le policier, op. cit., pp. 260-261. <<
[38] Ibid., p. 69. <<
[40] La Gauche divine, Grasset & Fasquelle, 1985, p. 31. <<
[42] Le Ludique et le policier, op. cit., p. 67. <<
[43] Ibid., p. 91. <<
[44] Ibid., p. 91. <<
[47] Ibid., p. 77. <<
[49] Ibid., p. 68. <<
[50] Ibid., p. 70. <<
[51] Ibid., p. 76. <<
[54] Revue Lignes, n° 1, op. cit., p. 80. <<
[56] D'un fragment l'autre (entretiens avec François L'Yonnet), Albin Michel, 2001, p. 36. <<
[57] À propos d'Utopie, op. cit., p. 32. <<
[59] Le Ludique et le policier, op. cit., pp. 255-256. <<
[60] Le Miroir de la production, op. cit., p. 165. <<
[64] La Gauche divine, op. cit., p. 93. <<
[67] Le Ludique et le policier, op. cit., p. 49. <<
[70] Ibid., p. 310. <<
[73] Mot de passe, Le Livre de Poche, 2004, p. 29. <<
[75] Le Ludique et le policier, op. cit., pp. 191-192. <<
[77] Ibid., p. 45. <<
[79] Le Miroir de la production, op. cit., p. 186. <<
[80] Ibid., p. 186. <<
[82] Revue Lignes, n° 1, op. cit., p. 72. <<
[85] Cool memories II (1987-1990), Galilée, 1990, p. 108. <<
[91] À propos d'Utopie, op. cit., p. 48. <<
[93] Ibid., pp. 48-49. <<
[102] La Gauche divine, op. cit., p. 87. <<
[103] L'Extase du social, in À l'Ombre des majorités silencieuses — La fin du social, suivi de l'Extase du social, Dénoël/Gonthier, 1982, p. 104. <<
[105] Le Ludique et le policier, op. cit., p. 282. <<
[1] Les Règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire, Seuil, 1992, p. 467. <<
[4] Interventions (1961-2001). Science sociale & action politique, Agone, 2002, p. 211. <<
[6] Ibid., p. 75. <<
[8] Ibid., p. 75. <<
[13] Questions de sociologie, Les Éditions de Minuit, 2002, p. 257. <<
[20] Contre-feux 2. Pour un mouvement social européen, Raisons d'agir, 2001, p. 89. <<
[24] Propos sur le champ politique, Presses universitaires de Lyon, 2000, p. 59. <<
[26] Réponses. Pour une anthropologie réflexive (avec Loïc J. D. Wacquant), Seuil, 1992, p. 166. <<
[27] Les Inrockuptibles, 25 février 1997. <<
[30] Questions de sociologie, op. cit., p. 198. <<
[31] Ibid., p. 198. <<
[35] Télérama, n° 2256, 7 avril 1993. <<
[36] Libération, 11 février 1993. <<
[39] Les Inrockuptibles, 25 février 1997. <<
[41] Ibid. <<
[45] Télérama, n° 2534, 5 août 1998. <<
[46] Le Monde diplomatique, avril 1996. <<
[48] Ibid. <<
[52] Contre-feux 2, op. cit., p. 53. <<
[53] Les Inrockuptibles, 25 février 1997. <<
[55] Ibid. <<
[58] La Noblesse d'État. Grandes Écoles et esprit de corps, Éditions de Minuit, 1989, p. 271. <<
[61] Questions de sociologie, op. cit., p. 236. <<
[62] Ibid., p. 223. <<
[63] La Misère du monde, Seuil, pp. 220-221. <<
[65] Contre-feux 2, op. cit., p. 16. <<
[66] Le Monde, 8 avril 1998. <<
[68] Contre-feux 2, op. cit., p. 19. <<
[69] Réponses, op. cit., p. 129. <<
[71] Contre-feux 2, op. cit., p. 19. <<
[72] Ibid., p. 46. <<
[74] Ibid., p. 48. <<
[76] Yan Ciret, Chroniques de la scène du monde (entretiens), La passe du vent, Grenouilleux, 2000, p. 19. <<
[78] Contre-feux 2, op. cit., p. 18. <<
[81] Interventions, op. cit., p. 378. <<
[83] Télérama, n° 2256, 7 avril 1993. <<
[84] Le Monde, 14 janvier 1992. <<
[86] Le Magazine littéraire, octobre 1992. <<
[87] Réponses, op. cit., p. 46. <<
[88] Ibid., p. 46. <<
[89] Interventions, op. cit., p. 470.
[89 bis] La comparaison de Pierre Bourdieu à Jean-Marie Le Pen provient d'un article de Luc Ferry paru dans Le Point du 29 août 1998. <<
[90] La Quinzaine littéraire, 16 janvier 1982. <<
[92] Interventions, op. cit., p. 215. <<
[94] La Misère du monde, op. cit., p. 221. <<
[95] Le Monde, 14 janvier 1992. <<
[96] Yan Ciret, Chroniques de la scène du monde, op. cit., p. 17. <<
[97] Ibid., p. 17. <<
[98] Interventions, op. cit., p. 62. <<
[99] Choses dites, Les Éditions de Minuit, 1987, p. 60. <<
[100] Interventions, op. cit., p. 62. <<
[101] Ibid., p. 211. <<
[104] Interventions, op. cit., p. 62. <<
[106] Ibid., p. 62. <<