Vincent Cespedes

" Méticité " : un nom plein d'avenir


" Méticité ". Métissage urbain : l'interculturel mis en villes ! Des vies qui se côtoient, des cultures qui se mélangent, des différences qui s'apprécient et s'enrichissent les unes grâce aux autres. Un écho plein d'espoir, dans une société ébranlée par la croisade sécuritaire et antisociale qui désigne l'Autre comme une menace, l'Immigration comme un fléau, la " France d'en Bas " comme une éternelle assistée.

Si prometteur aujourd'hui, le mot " métissage " vient pourtant de loin. Le terme espagnol, mestizo, signifie " mêlé ", et concerne les opérations visant à améliorer les espèces ovines, végétales, animales. Mais quand il s'agit de l'espèce humaine, l'affaire devient plus ambiguë : des degrés ont été mis en place, allant du pur sang au demi-sang, ou au trois quarts de sang… Mirabeau affirmait ainsi que " la race métive " est " étrangère à la noblesse " ; Charon, lui, dans De la sagesse, parlait de formes métisses hybrides " entre l'humaine et la brutale ".

Pourtant, parti avec pour handicap un préjugé raciste et péjoratif, le mot " métisse " va peu à peu devenir positif, porteur de tolérance et d'humanisme universel. Il évoque la poésie des contradictions, le mariage paradoxal et passionnant des contradictions. Senghor avait une admirable devise : " Nous devons être des métis culturels. " Car le métissage, c'est avant tout " l'esprit métis " - indépendamment des croisements biologiques et de la couleur des peaux. Il s'agit alors d'un mélange serein, généreux, ouvert sur l'aventure humaine, ses possibles inépuisables, ses surprises, sa créativité. Ce métissage-là, c'est l'art de la rencontre féconde, de la complicité qui n'en finit pas de nourrir les amis, de la passion qui n'en finit pas de faire vibrer l'amour.

Et quel plus beau lieu que la cité vivante pour que le mélange prenne corps, pour que le métissage prenne vie ?