Vincent Cespedes

Mon programme : " Un Toit Pour Toi "


Si j'étais président, je hisserais le droit élémentaire de se loger au rang de priorité nationale.
" Sans logement, je suis comme dans une ville étrangère ", écrit en 1944 Mihail Sebastian, dans son Journal. " Une impression de provisoire. Comme entre deux trains, sur un quai de gare. Je n'ai pas de livres, pas d'horaires de travail, je ne sais pas où trouver les gens qui pourraient m'intéresser, et, bien entendu, de leur côté ils ne savent pas où me trouver. Je suis épuisé et sans rien à faire. " Être en quête de toit : non pas vivre mais survivre, dans l'anonymat et le désarroi. Quel est ce pays moderne qui jette aujourd'hui une partie de sa population à la rue ? Quel est ce système économique qui rétribue si chichement ses employés qu'ils n'ont même pas les moyens de se loger décemment ? Non pas un pays du Tiers-monde mais mon pays, la France ultralibérale et ses spéculateurs.

Depuis vingt ans, j'assiste, impuissant, au développement de l'errance urbaine familiale et de ses combines désespérées : hôtels, squats, camping à l'année, installations de caravanes… " Une impression de provisoire ", durable, angoissante et déshumanisante. Précarisation des emplois d'un côté, flambée des loyers de l'autre, due à une spéculation immobilière sans moralité ni frein. Au milieu, cinq millions de personnes sans logis ou mal logés.

" Un Toit Pour Toi " : le petit nom de ma nouvelle politique sociale du logement. Au-delà du simple slogan, je rendrais l'obligation des 20 % de logements sociaux impérative, afin de juguler la déportation des couches populaires loin des centres-villes. Car la situation actuelle me révolte : arrêtés anti-mendicité, expulsions sans relogement, construction de logements neufs dramatiquement inférieure aux besoins, criminalisation des associations qui luttent pour les sans-abris, et près de deux millions de logements vacants ! Deux millions, tandis que 500 000 personnes - dont 50 000 enfants - vivotent " comme dans une ville étrangère " dans des hôtels, des meublés ou des foyers précaires.

Je ferais réquisitionner les logements vides, non pas ceux des particuliers mais ceux où " dort " la spéculation : une application à la lettre de la loi d'après-guerre. Je mettrais aussi sur pied un service public du logement, pour instituer un loyer proportionnel au revenu et offrir à chacun un hébergement décent dans la localité de son choix.

Le mélange social, si essentiel au bien-être commun, passe prioritairement par une philosophie du logement novatrice, radicalement opposée à l'espace capitaliste morcelé par l'affrontement des intérêts privés. Une démocratie prétendant respecter la dignité humaine doit commencer par loger dignement sa population, ses travailleurs, ses enfants, quitte à contrarier la recherche du profit à tout prix. D'ailleurs, quel est le coût social de la crise de l'habitat en termes de délinquance, d'alcoolisme et de dépressions ? Les chiffres manquent. Mais il est certain que sans lieu sûr, la fraternité n'a pas lieu d'être - ni la liberté, qui se dégrade en cavale traîne-misère ; ni l'égalité, que la loi du plus riche relègue sous les ponts.