Le philosophe qui fait jazzer (11 mai 2008, TSF, 19h-20h, radio).
Ce soir, Vincent Cespedes, jeune premier de la philosophie, squatte la TSF. Cet ancien prof de banlieue, devenu auteur d'un roman et de plusieurs essai (sur la télé-réalité, l'amour, les violences urbaines, la politique, les mélanges humains, l'orthographe, Mai 68), est aussi, depuis l'an passé, directeur de la collection « Philosopher » chez Larousse. Son Jazzfan vaut le coup d'oreille : courant d'Hertz assuré, courant d'une pensée continue mais alternative, philosophie réaliste mais souriante. Volubile, enthousiaste, Vincent Cespedes parle comme Stéphane Grappelli jouait du violon, avec une délicate dextérité et un joyeux pétillement. C'est un régal de l'écouter. « Pour moi, dit-il, le jazz c'est des rencontres. Mes grandes découvertes, je les dois à des amis bien plus érudits que moi. » Ses goûts, modelés par des années d'apprentissage de la composition — il fut élève des classes de Pedro Palacio, d'André Bon et de François Narboni —, vont naturellement vers la musique contemporaine et le free jazz. « Quand la philosophie me monte à la tête, je me mets au piano, je chante, j'improvise et je note. J'ai été copiste, j'adore écrire la musique. »
Avec Laure Aberhne, il sort le grand jeu, une belle palette de voix de femmes : Patty Waters, Sarah Vaughan, Nina Simone, Eartha Kitt, Stacey Kent, accompagnées de deux hommes : Michel Camilo, un pianiste né en République dominicaine, et Léo Ferré. […]
Fâché avec « la langue qui corsète », il l'est aussi avec l'orthographe, qui est pour lui « un ramassis d'exceptions destiné à exclure le peuple ». En conclusion, il reprend la phrase de Françoise Sagan : « Le jazz, c'est de l'insouciance en accéléré. » Et ajoute : « Il faut que les Français se jazzifient. Ils sont trop dans le contrôle/ »
Anne-Marie Gustave