> « Cesare et Pavese » (piano solo, musique de V. Cespedes, 7'21)






Ce n'est pas le bonheur qui obsède Cesare Pavese, mais la poursuite du bonheur, aussi vaine qu'éperdue. Le bonheur, à corps perdu.
La vie lui file entre les doigts, tourments nocturnes, grumeaux de joies — insaisissables. L'écriture seule demeure. Et la sienne ne connaît ni pitié ni emphase : une hantise qui vous ferait presque croire à l'existence, une douceur qui vous ronge. De l'enfance dans les collines sauvages du Piémont au suicide dans une chambre d'hôtel de Turin, la vie de Cesare Pavese est autobiographique. Il n'écrit pas sa vie : sa vie l'écrit, lui donne une consistance toujours provisoire, un semblant d'identité dans le chaos filandreux du monde. Il se sert de l'écriture comme d'une ancre pour s'arrimer à la vie, mais l'ancre littéraire ne s'arrime à rien de concret, ripe sur les autres, le corps, les souvenirs.
Politiquement, Vicenzo Binetti vise juste lorsqu'il écrit : « Pavese ressentit le poids que cette identité faible qui était la sienne avait dans une période historique où l'on demandait à l'intellectuel une présence subjective forte. » Psychologiquement, Jacques Beaudry a aussi raison de voir en Cesare Pavese « un jeune homme terrifié par l'idée de l'agonie qu'il finit par escamoter avec celle du suicide, un jeune homme qui trouve aussi dans l'exaltation intellectuelle un moyen de cesser de vivre, de s'arracher à lui-même et de la vie assassine pour revivre par et avec les livres. »
Mais il me semble que le mal de Cesare Pavese est aussi, voire surtout, d'ordre philosophique. Une conception du monde et des relations humaines qui ne tient pas debout. Pour en esquisser la nature, j'ai composé ce rêve ultime à la manière d'une pièce en cinq scènes. Ce texte est strictement issu d'un collage de citations de l'auteur, dont la plupart proviennent de son journal (Le Métier de vivre) et de sa correspondance.
Juste après qu'il ait avalé une boîte de somnifères pour se donner la mort, Cesare Pavese se scinde en deux personnages. Une hallucination funèbre, qui en dit long sur ce qu'il avait dans la tête, et sur le cœur.
V. C.
PAVESE. Salut.
CESARE, paniqué. Ah !
PAVESE. Que diable !
CESARE. Au secours !
PAVESE. Cette similitude.
CESARE. Au secours !
PAVESE. Comment cela se peut-il ?
Affolé, Cesare cavale dans la chambre pour se sauver, en vain.
PAVESE. Me faire inviter à passer un après-midi chez vous, qu'est-ce que vous croyez ?…
CESARE. Au secours !
PAVESE. Il y a quelque sorcellerie là-dessous…
CESARE. Je suis mort, mort.
PAVESE. Il y a là une voie ouverte vers l'immortalité !
CESARE. Au secours !
PAVESE. Vous devez vous sauver de vous-même : c'est le seul moyen de vous sauver.
CESARE. Qu'arrive-t-il ?
PAVESE. Vous m'avez compris ?
CESARE. Je n'ai pas compris.
PAVESE. Tra una cosa e l'altri ci si può salvare. Vous aurez le droit de vous plaindre quand vous aurez fait quelque chose, jusqu'ici non, parce que vous n'avez pas essayé.
Cesare se tapit dans un coin et commence à sucer son pouce.
PAVESE. C'est bien cela : il nous faut affronter notre sort avec force d'âme et résolution.
Il se regarde dans le miroir mural, puis fait « non » avec la tête.
PAVESE. Je suis comme un piano — désaccordé — qui sonne d'autant plus faux qu'on l'écoute de plus près.
Cesare se rassérène peu à peu.
PAVESE. Je sais, je sais ce que vous me répondez à cela : vivre, quitter la littérature, devenir un homme, devenir enfant, organiser des comités et tout le reste.
CESARE. Confessez-vous, dites les choses les plus importantes.
PAVESE, dubitatif. Cesare…
CESARE. Je suis « dottore », ah !
PAVESE. Toi aussi ?
CESARE. C'est comme si nous discutions ensemble. D'accord ?
PAVESE. D'accord.
CESARE, s'asseyant près de lui sur le lit. Comment va la santé ?
PAVESE. Maintenant j'attends la mort.
CESARE. Bonne chance !
PAVESE. Et pourtant, je suis gai, je vais, je connais des gens, je parle, je travaille, en somme je vis. Vous ne croyez pas cela ?
Cesare hausse les épaules.
PAVESE. L'autre jour, un de mes anciens compagnons s'est tiré une balle dans le cœur et « il agonisait dans une mare de sang ». Eh bien, c'est ainsi que nous finirons tous. Je suis gai, non ?
CESARE, pointant l'index vers une étagère pleine de livres. En attendant, comme secours le plus urgent, seriez-vous assez aimable pour me chercher ?
PAVESE. Mais que pourrions-nous faire d'autre ?
Pavese effleure les livres d'une main.
PAVESE. Croyez qu'il y en a certains dans mes rayonnages qu'il me suffit de regarder pour sentir courir dans mon dos un frisson d'enthousiasme.
Il saisit Le Métier de vivre et le feuillette, pensif.
PAVESE. Tant qu'un être humain dit « je suis seul », je suis « étranger et méconnu », « je sens le gel », il ira toujours plus mal. Est seul celui qui veut l'être, souvenez-vous en bien.
CESARE, apprenant sa leçon. È solo chi vuole esserlo.
PAVESE. Pour vivre une vie pleine et riche, il faut aller vers les autres, il faut s'humilier et servir. C'est tout.
Il donne l'ouvrage à Cesare.
CESARE, plongeant aussitôt dans la lecture. Je vous remercie.
PAVESE. Si je vous conseillais de vous « donner » et non pas de demander, c'est parce que la meilleure preuve que nous valons quelque chose réside dans le fait d'avoir accompli quelque chose pour les autres, précisément ces autres que vous ignorez par folle stupidité. On comprend bien que, comme ça, à vue de nez, les autres n'existent même pas ; mais il faut se « donner » justement parce que c'est la meilleure manière de les faire exister, et alors, on n'est plus seul, alors, on vaut précisément le prix de ce qu'on a su donner.
Il contemple longuement Cesare.
PAVESE. En somme, je crois en la métempsycose, et je suis certain de réincarner…
Il rit de lui-même.
PAVESE. Ça ne vous paraît pas raisonnable ?
CESARE, Relevant le nez, euphorique. Oh, Pavese, c'est un livre magnifique.
PAVESE. Dans ces pages, il y a le spectacle de la vie, non la vie. Tout est à recommencer.
CESARE. Je suis suffoqué, abasourdi par votre titanesque gentillesse. Je vois maintenant le monde à travers un voile de feuilles roses.
PAVESE. Dire qu'un temps je croyais que j'allais dévorer le monde. Tous à mes pieds et moi en satrape persan avec mes éventails en plumes de paons…
CESARE. Je répète, je suis suffoqué, abasourdi de votre gentillesse.
PAVESE, sans l'écouter. Ou bien en train de diriger Dieu sait quelle symphonie dans le noir du théâtre, et, derrière moi, une ville entière hissée au septième ciel. Tous les employés de bureau du monde ont imaginé ces choses et ils les ont désavouées ; et maintenant, ils sont employés de bureau.
CESARE. Je ne peux qu'ouvrir les yeux tout grands à la vue de ce prodige et chanter vos louanges et cabrioler autour du trésor et… continuer à tirer de vous tout ce que je peux. Je suis sûr que je ne toucherai jamais le fond.
PAVESE. Pour vous démentir : pas plus tard qu'hier soir j'écumais de rage.
CESARE. Si je me suis trompé, excusez-moi.
PAVESE. Vous me comprenez…
CESARE, admiratif. Le professeur Pavese.
PAVESE. Il n'y a qu'une chose qui m'ennuie, c'est que je ne puisse pas vous proposer de « nous tutoyer ».
CESARE. Nous allons voir…
PAVESE. Vraiment, c'est la seule chose qui manque à notre amitié pour qu'elle soit parfaite. Je veux donc que tu me promettes que quand tu auras quelque chose à me dire en italien, tu te serviras du « tu ».
CESARE. Je ne savais vraiment pas quoi te dire. « Cher ami… et la santé ?… Comment ça va…? et ta carrière ?… » Tu sais bien que ce n'est pas mon fort, ce genre d'échanges.
PAVESE. Macché !
CESARE. Tu es encore vivant ?…
PAVESE. Écoute. J'existe. Peut-être en tant qu'esprit indépendant.
CESARE. Tout le monde pleurait ta mort.
PAVESE. C'est triste. Va voir ce que je suis et ce que je serai.
CESARE. Je te croyais mort.
PAVESE. Pourquoi mourir ? Jamais je n'ai été aussi vivant que maintenant, jamais aussi adolescent. Rien ne s'additionne au reste, au passé. Nous recommençons toujours.
CESARE. Que veux-tu ?
PAVESE. Te raconter mes impressions.
CESARE. Je conserve l'illusion que je peux t'aider et te donner la force.
PAVESE. Comme tu vois, je suis toujours au frais. La chose commence à devenir lassante ; mais, par ailleurs, j'ai des livres à lire, alors advienne que pourra.
CESARE. Je peux t'aider…
PAVESE. Je rêve, j'espère, j'attends, à en mourir.
CESARE. Tu as peur que nous ayons à souffrir, que tu aies à souffrir.
PAVESE. De quoi j'ai besoin ?
CESARE. Pourquoi trembles-tu quand je suis avec toi ? Qu'y a-t-il dans tes yeux quand tu me regardes en souriant ?
PAVESE. Avec quelque personne que je parle, en somme, j'ai besoin de me faire un visage spécial adapté à une quelconque faiblesse particulière de ladite personne, au détriment bien sûr de ce que pourrait être mon véritable visage. Je suis même arrivé à ne plus savoir quel est ce vrai visage. Qui, si cela se trouve, n'existe même pas. Comment appelles-tu cela, toi ?
CESARE. Simulation de sa personne ? Simulation de son âme ? Fausseté, impuissance, lâcheté ?
PAVESE. Tout ce que tu veux. À cause de cela et d'autre chose, je sens peser sur moi un remords.
CESARE. Et maintenant, qu'est-ce que tu fais ?
PAVESE. Je scribouille, je vomis des poésies, pour avoir un terrain, un point où m'arrêter et dire « c'est moi ».
CESARE. « Sono io »…
PAVESE. Pour me prouver à moi-même que je suis autre chose que rien.
CESARE. Je te plains !
PAVESE. Je suis devenu en somme une vache à écrire.
CESARE. Tu n'as plus de vie intérieure. Ou plutôt, ta vie intérieure est objective, c'est le travail (épreuves, lettres, chapitres, conférences) que tu fais. Cela est effrayant.
PAVESE. La letteratura mi ha rôso troppo. La littérature m'a trop corrodé désormais.
CESARE. Tu n'as plus d'hésitations, plus de peurs, plus d'étonnements existentiels.
PAVESE. En fin de compte, s'il faut le dire, je pense que ce sont surtout les livres qui ont emprisonné ma vie. Non pas les grammaires ou les dictionnaires, mais toutes les œuvres où vit quelque sentiment.
CESARE. Tu es en train de te dessécher. Où sont les angoisses, les hurlements, les amours de tes 18-30 ans ? Tout ce que tu utilises fut accumulé alors. Et ensuite ? Que fera-t-on ?
PAVESE. Je suis un homme de lettres…
CESARE. … qui ne voit que les livres, ne sait plus vivre que par et avec les livres, raisonne avec les livres, sent par les livres, aime à travers les livres, dort, mange, toujours avec les livres.
PAVESE. Je suis…
CESARE. … Pavese en somme, l'homme-livre.
PAVESE. Et alors, que crois-tu m'avoir dit de nouveau avec tout cela ?
CESARE. Dis-moi lequel de nous deux est le plus homme de lettres.
PAVESE. Que veux-tu faire ? Une belle étude avec des statistiques et des notes en bas de page ? Si fort qu'on soit, méfie-toi que ces sortes de travaux ne peuvent être qu'ennuyeux et finissent en bibliothèque. Je pense que tu devrais faire une espèce d'autobiographie, où la matière serait, nous sommes d'accord…
CESARE, pleurant soudainement. Que veux-tu savoir de moi ?
PAVESE. Pourquoi pleurer déjà maintenant ?
CESARE. Mon caractère ?
PAVESE. Pourquoi pleurer ?
CESARE. Tu ne comprends pas que je m'amuse ? Aussi bien en riant qu'en me plaignant ?
PAVESE. J'attends maintenant une réponse.
CESARE. Non posso gettarmi a vivere, non posso.
PAVESE. « Je ne peux pas me jeter à vivre, je ne peux pas. »
CESARE. Per vivere bisogna aver forza e capire, saper scegliere. Io non ho mai saputo far questo. Come non capisco niente di politica cosí di tutti gli altri tramenii della vita.
PAVESE. « Pour vivre, il faut avoir de la force et comprendre, et savoir choisir. Je n'ai jamais su faire ça. »
CESARE. « De même que je ne comprends rien à la politique, pas plus qu'à toutes les autres agitations de la vie. »
PAVESE. J'insiste encore une fois.
CESARE. Si je te dis que je manque d'un centre, d'un axe, d'un chef de famille, d'un dictateur qui fasse marcher droit la canaille de mes sentiments et sache lui donner une unité de vue, un peu de force de décision !
PAVESE, amusé. Dépêche-toi, enfant de salaud.
CESARE. C'est une âme forte, un caractère, qu'il me faudrait, capable de s'imposer à toute cette anarchie qui règne en moi. Mon esprit est en somme une copie fidèle de ce que serait le monde avec les idéals du XIXe siècle réalisés tant bien que mal, sans l'opposition du XXe siècle.
PAVESE. Tu fais très XIXe siècle…
CESARE. Espérons que tu me changeras un peu, parce qu'autrement je ne vois pas comment cela va finir.
PAVESE. Non ?
CESARE. Il suffit d'un mot de toi !
PAVESE. Qu'en penses-tu ?
CESARE. Maintenant, à ma manière, je suis entré dans le gouffre : je contemple mon impuissance, je la sens dans mes os, et je me suis engagé dans la responsabilité politique, laquelle m'écrase. Il n'y a qu'une seule réponse : le suicide.
PAVESE. Quel con (réalisme de grand écrivain).
CESARE. Sono giunto a un punto che o rinnovarsi o morire. Je suis arrivé à un point où le dilemme est : se rénover ou mourir.
PAVESE. Quel con.
CESARE. La vie n'est-elle pas plus belle du fait que du jour au lendemain on peut la perdre ?
PAVESE. Très XIXe siècle…
CESARE. Il est bien fini le temps où je faisais le jacobin et le progressiste. Mais comment est-ce que je faisais pour croire à ces fonds de boutiques ?
PAVESE. En tout nous recherchons seulement la possibilité future. Si nous savons que nous pourrons faire une chose, nous somme satisfaits et nous ne la ferons peut-être même pas.
CESARE, sans l'écouter. C'est un métier infâme d'inoculer aux autres la culture, qui est une chose que chacun se bâtit soi-même.
PAVESE. Une loi comique de la vie est la suivante : ce n'est pas celui qui donne mais celui qui exige qui est aimé. C'est-à-dire, est aimé celui qui n'aime pas, parce que celui qui aime donne. Et cela se comprend : donner est un plaisir plus inoubliable que recevoir ; celui à qui nous avons donné nous devient nécessaire, c'est-à-dire que nous l'aimons. Donner est une prison, presque un vice. La personne à qui nous donnons, nous devient nécessaire.
CESARE. Donc, où en es-tu avec tes amoureuses ?
PAVESE. Au Pays du Bon Dieu.
Il sort de son portefeuille une photo de l'actrice Constance Dowling, et la contemple amoureusement.
CESARE. Constance Dowling…
PAVESE. Battements de cœur, tremblements, soupirs sans fin. Est-ce possible à mon âge ? Quand j'avais vingt-cinq ans, ça ne se passait pas autrement.
CESARE. On peut commencer à quarante.
PAVESE, se ravisant. Il n'est pas vrai que je sois amoureux. Jamais je ne serai amoureux. Je ne sais pas ce que peut signifier ce mot.
CESARE. Pourquoi ne veux-tu pas vivre en contemplant chaque jour ce miracle d'amour qui pourrait fleurir ?
PAVESE. Se donner veut dire se respecter soi-même, avant tout.
CESARE. Se donner comment ?
PAVESE. Rispettare sé stessi, anzitutto, c'est-à-dire passer la journée à grandir ses propres forces, sa propre valeur, son âme et sa culture, pour les faire servir à quelque chose. Se donner veut dire ne pas avoir le temps de regarder le passé donc de s'attendrir sur soi.
CESARE. Tu es pour les femmes que tu aimes comme, pour toi, une de ces femmes qui te font débander.
PAVESE. Une jeune fille qui ne connaît pas encore l'amour — parlons franc, le sexe — a un secret que personne, même pas elle, ne peut pénétrer. C'est comme un homme qui n'aurait jamais connu le danger et qui ignorerait donc ses propres réactions à la peur et à l'enthousiasme : c'est une châtaigne fermée.
CESARE. Una castagna chiusa…
PAVESE. Je les ai souffertes encore trop peu, les femmes. (Toujours de loin, toutefois, toujours de loin !) Pense que j'endurerais le supplice de la corde pour en connaître une de près. Pas le corps bien sûr. Il y a les statues grecques et les putains pour ça. Mais l'âme, l'âme, un peu d'âme qui me dise que ce n'est pas vrai que je suis un zéro dans le monde, mais que je vaux une affection, un peu d'intérêt au moins. Tu parles ! On me répond que je ne sais pas danser et que je n'ai pas de manières.
CESARE. On a seulement pitié des personnes qui n'en ont pas pour elles-mêmes.
PAVESE. C'est peut-être ce que je cherche, moi, grand Dieu ? Ça va bien, arrêtons là.
Un temps ; il regarde la photo, ému.
PAVESE. L'ultime douceur…
CESARE. Comprends-tu maintenant ?
PAVESE. Je commence vraiment à comprendre quelque chose.
CESARE. Continue.
PAVESE, à Constance. Je t'aime.
CESARE. Que signifie ce mot ?
PAVESE, toujours à Constance. Chère Connie, de ce mot, je sais tout le poids — l'horreur et l'émerveillement —, et pourtant je le dis, presque avec tranquillité. J'en ai si peu usé dans ma vie, et si mal, qu'il est comme neuf pour moi.
CESARE, ironique. Ti amo.
PAVESE, à Cesare. Que de choses je ne lui ai pas dites.
CESARE. Au fond, la terreur de la perdre maintenant n'est pas l'anxiété « de la possession » mais la peur de ne plus pouvoir lui dire ces choses. Ce que sont ces choses, maintenant je ne le sais pas. Mais elles arriveraient comme un torrent si tu étais avec elle.
PAVESE. C'est un état de création.
CESARE. Un caprice.
PAVESE. Oh mon Dieu, fais-la moi retrouver.
CESARE. On ne se tue pas par amour pour une femme. On se tue parce qu'un amour, n'importe quel amour, nous révèle dans notre nudité, dans notre misère, dans notre état désarmé, dans notre néant.
PAVESE. Bien sûr, en elle, il n'y a pas seulement elle, mais toute ma vie passée, l'inconsciente préparation — l'Amérique, ma modération ascétique, mon intolérance des petites choses, mon métier. Elle est la poésie, au plus littéral des sens. Est-il possible qu'elle ne l'ait pas senti ?
CESARE. Voilà bien les femmes !
PAVESE. Dilemme. Dois-je être un ami absolu, qui fait tout pour son bonheur, ou un homme résolu et possédé du diable qui se déchaîne ? Question inutile — c'est déjà décidé par tout mon passé, par le destin : je serai un ami possédé du diable qui n'obtiendra rien.
CESARE. La stratégie amoureuse ne peut s'employer que quand on n'est pas amoureux.
PAVESE. Un caprice, as-tu dit. Mais est-ce que tout amour ne naît pas d'un caprice ?
CESARE. L'amour ne demande qu'à devenir habitude, vie en commun, une seule chair, et, à peine est-il ainsi qu'il est mort. Si on y pense, on devient fou. Il n'y a rien à faire, l'amour est vie et la vie ne veut pas de raisonnements. Mais pouvons-nous nous laisser glisser ainsi en catastrophe ?
PAVESE, absent. There are not a slang and a classic language but there is an Amercican language formed by a perfectly fused mixture of both.
CESARE. Où est-ce qu'on arrive, en bas ?
PAVESE, pleurant sur la photo. « I'll never forget you », c'est ce que l'on dit à quelqu'un que l'on a l'intention de lâcher.
CESARE. Un précieux souvenir ?
PAVESE, brusquement irrité. Un kg de châtaignes sous le bras.
CESARE. Ce qui rend grossier et violent, c'est la soif de tendresse.
PAVESE. Nous haïssons une personne quand elle se trompe de ton.
CESARE. Fais comme si tu lui pardonnais.
PAVESE. On ne le croirait pas à première vue, mais si tu y réfléchis, ô psychologue, tu t'apercevras que la grâce exquise de la noblesse consiste justement dans le fait de savoir de temps en temps être vilain.
CESARE. Quand Pavese a une contrariété, une cause d'irritation, une indigestion, une morsure de puce, il n'admet pas que personne d'autre soi gai et content, et il fait de son mieux pour lui empoisonner sa paix ou au moins le mettre sur la piste de tous les malheurs. Il est ainsi fait et c'est ainsi qu'il réussit à aller bien, même quand il va mal.
PAVESE, avec un ton menaçant. Cesare…
CESARE. Il laissera comprendre, en premier lieu, qu'il n'est plus maître de lui ; il laissera comprendre que rien pour lui dans la journée ne vaut autant que le moment de la rencontre ; il voudra confesser toutes les pensées les plus secrètes qui lui traverseront l'esprit.
PAVESE. Ce que l'on appelle la passion, ne serait-ce pas tout simplement cette agitation du cœur, cette tare nerveuse ?
CESARE. Toutes les passions passent et s'éteignent, sauf les plus anciennes, celles de l'enfance.
PAVESE. Les mythes ambitieux ou libidineux de l'enfance sont insatiables parce que l'âge mûr — le seul qui pourrait les rassasier — n'a plus les occasions — fraîcheur des sens, moyens et vrai climat où ces passions tendaient originairement à s'épancher.
CESARE. Comme ce qu'un homme recherche dans les plaisirs est un infini, et comme personne ne renoncerait jamais à l'espoir de parvenir à cet infini, il en résulte que tous les plaisirs finissent par le dégoût.
PAVESE. Au fond, le plaisir de baiser ne dépasse pas celui de manger. Si manger était interdit comme l'autre, toute une idéologie serait née, une passion du manger, avec des normes chevaleresques. Cette extase dont on parle — le fait de voir, le fait de rêver quand on baise — n'est rien de plus que le plaisir de mordre dans une nèfle ou dans une grappe de raisin. On peut s'en passer.
CESARE. Continue comme ça.
PAVESE. Je suis désormais résigné et même en train d'envisager de me castrer. Comme ça, il ne me manquera plus rien.
CESARE. Gros châtré.
PAVESE. Il me semble que je suis plein de sagesse et que j'ai pensé à tout.
CESARE. La création proprement amoureuse — la descendance — est la fin de toute autonomie pour le créateur.
PAVESE. Je me sens père. De quoi ou de qui, je ne sais pas au juste, mais je me sens père, responsable et ennuyeux et dépassé. Comme j'étais plus fripouille et plus intelligent à vingt-cinq ans !
CESARE. Le fait est que tu es devenu cette étrange bête : un homme fait, un nom qui fait autorité, un big. Où est passé le jeune garçon qui se demande comment on fait pour parler, l'adolescent qui se ronge et pâlit en pensant à Homère et à Shakespeare ?
PAVESE, méditatif. Au fond, le secret de la vie, c'est de faire comme si nous avions ce qui nous manque le plus douloureusement.
CESARE. Le précepte chrétien est là tout entier. Se convaincre que tout est créé pour le bien, que la fraternité humaine existe — et si ce n'est pas vrai, qu'importe ? Le réconfort de cette vision consiste dans le fait d'y croire, non dans celui qu'elle soit réelle. Parce que si j'y crois, si toi, si lui, si eux y croient, elle deviendra vraie.
PAVESE, fixant la photo. D'une personne, on dit qu'elle est belle la première fois qu'on la voit ; puis on commence à la trouver chère au fur et à mesure qu'elle s'enracine dans notre mémoire, et enfin on l'aime d'amour…
CESARE. Quand sa réalité fait désormais corps avec la nôtre en un système significatif de rapports qui est, dans le monde pratique, ce qu'est une œuvre de poésie dans le monde spirituel. C'est bien cela ?
PAVESE. Une sensation est la réalité la plus difficile à supprimer qui soit.
CESARE. La richesse de la vie est faite de souvenirs oubliés.
PAVESE. Des paysages comme des personnes, des gestes, des couleurs, de tout le réel, il conviendra de dire que nous y assistons dans un état de continuelle tension, d'effort, pour transformer ce qui nous est inouï, surprenant, nouveau, en un bloc de souvenirs qui nous appartiennent en propre. Une réalité extérieure ne vit pour nous que comme souvenir. Le mot beauté est donc à bannir du champ de l'esthétique qui n'est autre que la science de l'effort visant à transformer l'inouï, le surprenant etc. (= le beau) en un bloc complexe et signifiant de souvenirs.
CESARE. « Una sensazione è la realtà piú insopprimibile di questo mondo… »
PAVESE, déchirant solennellement la photo. Col Vostro permesso, madame !
CESARE. Adieu Amérique !
PAVESE, à Constance, la jetant à la poubelle. Tu vois, je suis sincère avec toi.
CESARE. Maintenant, réjouis-toi, mon vieux, fais-toi donner une ordonnance et prends la cuite de ta vie !
PAVESE. Il faut se détacher de tout, pour se rapprocher de tout. Jouir de chaque chose profanement, mais avec un détachement sacré. Avec un cœur pur.
Un temps.
CESARE. Ton malheur particulier — qui est celui de tous les poètes — réside en ceci que, par vocation, tu ne peux avoir qu'un public, et qu'au lieu de cela tu cherches des âmes sœurs.
PAVESE. J'ai…
CESARE. … découvert le plaisir d'entrer dans un café de banlieue jamais vu, d'y voir des joueurs, peu de gens, de frôler la vie d'un monde que tu as toujours senti à distance et qui te paraît contenir tellement ton passé et tes espoirs. Café presque vide, moderne. En fait, peu après, est entrée une fille fauve, presque sauvage, avec un homme non moins étrange. Tu es sorti, heureux.
PAVESE. Je suis trop heureux.
CESARE. Tant de bonheur sans aventure provient probablement du fait que tu es ouvert à toutes les aventures — tu en vois autour de toi, et tu ne fais rien pour les imposer ou pour les subir. Que fais-tu ? Tu les vois, tu vis ta manie, et tu te connais. Cela changerait-il quelque chose de te trouver dedans ?
PAVESE. La poésie consiste à donner à la page ce très léger frémissement que donne la réalité. On croit y parvenir en suivant la réalité.
CESARE. Être quelqu'un, c'est autre chose…
PAVESE. Tu n'en as aucune idée. Il y faut de la chance, du courage, de la volonté. Surtout du courage. Le courage de demeurer seul comme si les autres n'existaient pas, et de penser uniquement à ce qu'on fait. De ne pas se troubler si les gens s'en fiche. Il faut attendre des années, peut-être même mourir avant. Et voilà qu'après sa mort, avec un peu de chance, on devient quelqu'un.
CESARE. Autrefois, j'avais l'espérance d'être qui sait quoi de différent des autres ; maintenant, je sais que je suis le bipède commun.
PAVESE. Toi, tu passes à côté de tant de gens sans savoir.
CESARE. Y a-t-il par hasard quelqu'un, dans tout le système solaire, qui agit différemment ?
PAVESE. Cela ne t'intéresse pas, quelle est leur peine, leur cancer secret ?
CESARE. Avec les autres — même avec la seule personne qui émerge — il faut toujours vivre comme si nous commencions alors et devions finir un instant plus tard.
PAVESE. Il faut avoir éprouvé l'obsession de l'autodestruction.
CESARE. La réputation qu'ils te prêtent de personne solide, dure, volontaire et ayant réussi, comporte le sous-entendu qu'ils veulent s'appuyer sur toi, s'enraciner dans ta force, la faire dévier à leur profit. En somme la détruire.
PAVESE, excédé. Invece di aspettarmi come tante oche, fareste meglio a tentare qualcosa per farmi decentemente tornare.
CESARE. Il semble qu'ils ne sachent pas que tu t'es créé ta solidité dans un but, qui est de ne pas les aider.
PAVESE. Auraient-ils fait naufrage ?
CESARE. De toute façon, ils ne t'ont pas dit qu'ils étaient atterrés : au milieu de tous les défauts, ils sentaient Pavese, un puissant courant électrique qui envoyait une décharge quand on touchait.
PAVESE. La seule règle héroïque : être seul, seul, seul.
CESARE. Vivre au milieu des gens, c'est se sentir comme une feuille dans le vent. Le besoin de s'isoler vient, le besoin d'échapper au déterminisme de toutes ces billes de billard.
PAVESE. Celui qui ne se sauve pas tout seul, personne ne peut le sauver.
CESARE. Qui sait si je réussirai à me sauver.
PAVESE. Qui sait…
CESARE. Je n'ai pas de convictions, je n'ai pas d'intelligence, je n'ai pas de capacité ; je passe de l'hystérie à l'idiotie.
PAVESE. Et alors ?
CESARE. Alors, en bon décadent, je me ferai donc chrétien ?
Une idée grandiose lui travers l'esprit.
CESARE. Et si on me martyrisait ?
PAVESE. Eh bien, tu es mignon !
CESARE. Tu es fou. Je pleurerais comme un enfant. Il suffit de voir comment j'ai empoisonné tout le monde cet hiver avec ce rien d'asthme, et comment je t'empoisonne toi, en ce moment, avec une lamentation des plus banales (qui voudrait, en plus, être spirituelle). Ni héros, en somme, ni intelligent, ni conquérant, ni poète, ni assassin : rien.
PAVESE. Celui qui fait bien son travail a la conscience tranquille ; les autres non. Qu'ils fassent tous comme moi — qu'on leur donne la possibilité. Cela ne me semble pas une philosophie étrange.
CESARE. De même, en philosophie : on ne peut pas ne pas philosopher, on peut tout juste mal philosopher.
PAVESE. L'un des plaisirs humains les moins observés est celui de se préparer des événements à échéance, de s'organiser un groupe d'événements qui aient une construction, une logique, un commencement et une fin. La fin est aperçue presque comme une acmé sentimentale, une joyeuse ou flatteuse crise de connaissance de soi. Cela s'étend de la construction d'une réponse du tac au tac à celle d'une vie. Et qu'est-ce que cela sinon la prémisse du fait de narrer ? Le plaisir narratif apaise justement ce goût profond. Le plaisir de raconter et d'écouter, c'est de voir se disposer des faits selon ce graphique.
CESARE. Les peuples qui ont une riche mythologie sont les peuples qui ont philosophé ensuite avec acharnement : hindous, grecs, allemands.
PAVESE. Moi, au plus fort de mon masochisme, je disais : « Mais viendra un jour où je les avalerai tous, car je serai un grand homme, et je ferai ceci, et je ferai cela, etc. »
CESARE. Ne pas oublier que l'on compte pour ce qu'on est et non pour ce qu'on fait.
PAVESE. Je suis un grand stupide qui aime un peu tout le monde et s'émeut beaucoup, mais ne veut rien laisser paraître et fait le féroce ; et je suis ou un méchant enfant ou un grand homme, mais probablement un grand enfant.
Un temps.
PAVESE. Enfant j'ai eu la superstition des « bonnes actions ».
Cesare le regarde, l'air intrigué.
PAVESE. Quand je devais courir un danger, subir un examen, par exemple, je faisais attention pendant ces jours-là à ne pas être méchant, à n'offenser personne, à ne pas élever la voix, à ne pas avoir de mauvaises pensées. Tout cela pour ne pas m'aliéner le destin.
CESARE. Tu es maître de toi, de ton destin. Tu es célèbre comme quelqu'un qui ne cherche pas à l'être. Et pourtant tout cela finira. Cette profonde joie qui est tienne, cette ardente satiété, est faite de choses que tu n'as pas calculées. Elle t'est donnée. Qui, qui, qui remercier ?
PAVESE. Si tout le monde comprenait comme j'ai compris — ce matin je pleurais de rage — ce qu'est cette condamnation à l'identité, à la prédestination, qui fait que chez l'enfant de six ans, sont déjà gravées toutes les impulsions, les capacités et la valeur qu'aura l'homme de trente ans, personne n'oserait plus penser au passé et on inventerait un détersif pour laver la mémoire. Dans la vie quotidienne, on croit qu'on est différent, que l'expérience nous transforme, on se sent joyeux, maître de soi, mais imagine qu'il arrive une crise…
CESARE. On fera immanquablement comme on a fait par le passé, on s'enfuira si on est un lâche, on résistera si on est courageux.
PAVESE. Il s'agit de comprendre, de peser, d'apprécier : c'est une question de goûts, et les goûts ne changent pas, c'est bien connu. Celui qui a peur du noir, aura peur du noir.
CESARE. Je commence à croire qu'il y a une Providence.
PAVESE. Cela semble une sottise mais ce n'en est pas une.
CESARE. C'est l'histoire du destin auquel on n'échappe pas…
PAVESE. La storia del destino a cui non si sfugge : à chacun de nous, il arrive toujours la même chose, chacun rencontre les mêmes personnes, à chacun se présentent les mêmes situations.
CESARE, intérieur. La jeunesse c'est ne posséder ni son corps ni le monde.
PAVESE. Le destin, c'est de s'abandonner et de vivre cette plénitude qui, ensuite, se révèle cohérente et constructive.
CESARE. La jeunesse n'a pas de génie et n'est pas féconde.
PAVESE. Est destin ce qu'on fait sans le savoir, en s'abandonnant. En un certain sens, tout est destin ; on ne sait jamais ce qu'on fait.
CESARE. Elle est extraordinaire l'idée que chacune de tes maladresses, chacune de tes incertitudes, chacune de tes rages — en somme tout ce qui est négatif — peut toujours, demain, d'un point de vue différent et plus sagace, se révéler une valeur, une qualité, un trésor positif.
PAVESE. Tout est dans l'enfance, même la séduction qui sera avenir, qu'alors seulement on ressent comme un choc merveilleux.
CESARE, s'allongeant sur le lit. Voilà pourquoi l'enfance et la jeunesse sont la source éternelle : alors, tu n'avais pas un travail et tu voyais la vie avec désintéressement. Efficacité de l'amour, de la douleur, des péripéties : on interrompt son travail, on redevient adolescent, on découvre la vie.
PAVESE. Comme la vie n'est qu'une recherche de sensations et, mieux, de sentiments agréables, voici que l'art devient, au moins pour moi, le but ultime de la vie.
CESARE. « Ma verrà un giorno che li mangerò tutti, che sarò un grand'uomo, che farò qui, che farò là ecc. »
PAVESE. Raconter des choses incroyables comme si elles étaient réelles — système antique ; raconter des choses réelles comme si elles étaient incroyables — moderne.
CESARE. Ta modernité réside tout entière dans ton sentiment de l'irrationnel.
PAVESE. En réalité, l'unique chose qui me touche et me secoue, c'est la magie de la nature, le coup d'œil fixé sur la colline. Si je n'ai pas dans la tête ce thème mais un thème humain, un jeu citadin et moral, mon imagination est paresseuse.
Il contemple ses livres sur l'étagère.
CESARE, l'invitant à venir s'allonger. Viens en personne.
PAVESE, rejoignant Cesare sur le lit. Je suis très content de mon œuvre ratée : et je mange, je bois, je jouis, je sors en ville, et j'en fais bien d'autres et je suis moi.
CESARE. Conclusion : ne le dis pas à Pavese.
PAVESE, désignant l'étagère de livres. Ne fût-ce qu'à cause de ce type de bibliophile qu'il y a là-dedans, qui ressemble tout à fait à Pavese, tu devais t'amuser !
CESARE. Qu'il ne me casse plus les couilles.
PAVESE. Tu devrais vite me faire dire combien de pieds cette tragicomique introspection t'a cassés, afin que je me fasse une idée de mon pouvoir d'importuner le monde.
CESARE. Tu n'as pas froid aux yeux !
PAVESE. N'est-ce pas cela ?
Un temps.
PAVESE. Sono parole dell'esperienza.
CESARE. Envie de voir comment ça va finir.
PAVESE, récitant un poème. « Mon ami a vieilli et ne se suffit plus. Les passants, ce sont toujours les mêmes ; le soleil lui aussi et la pluie sont les mêmes ; le matin, un désert. Travailler, ça ne vaut pas la peine. Et sortir voir la lune, si personne ne l'attend, ça ne vaut pas la peine. »
CESARE. Réfléchis un peu, qu'est-il arrivé ?
PAVESE. Il est arrivé ceci, que je t'ai parlé sans orgueil. J'étais parti en ayant à moitié l'intention d'être dur et net — et en fait ? En fait, tu m'as fait regarder mon âme en face.
CESARE. Ou peut-être avons-nous découvert que nous sommes aux antipodes. Et alors ? Je suis profondément convaincu que nous nous sommes cherchés parce que différents.
PAVESE. Comme cela, nous pourrons de nouveau passer nos vacances ensemble et nous apprendrons une quantité de choses et nous serons heureux.
CESARE. Bon courage !
PAVESE. Tchao et admire-moi.
CESARE. Je ne suis pas de ceux qui s'effacent discrètement.
Un temps.
PAVESE. Et donne-moi signe de vie de temps en temps.
Ils s'endorment et ne font plus qu'un.
Texte composé par Vincent Cespedes, septembre 2008.