Des yeux noirs insondables, des pommettes saillantes…
Sensuel Setah ! Bel éphèbe au front buté !
Il mange un bol de riz à la hâte et plaisante
Avec ses amis, avant d'aller travailler.
Le nombre de touristes blancs, bedonnants, augmente.
Setah revêt le sourire obligatoire et,
Sans rien d'autre, sans rien dire, attend. Il s'invente
Une vie où papa et maman l'ont gardé.
Où, à dix ans, dix mille rêveries s'entrechoquent,
Et non ses dents de lait quand la cave, à Bangkok,
Pue l'adulte en sueur. « Lui ! » lance un étranger.
« Je le prends pour deux heures ! Quels beaux yeux en amandes !
« Tu me plais !... » — Huit cent mille enfants, en Thaïlande,
Sont comme Setah : esclaves-prostitués.