Vincent Cespedes

Rêveuse au marché de Dantopka

La porteuse épuisée libère de sa charge
Sa tête d'africaine. Il fait soif, au Bénin.
« Encore une heure ! se dit-elle. Je me recharge
« Un peu, puis finis mon travail. » Il fait trop faim.

La cohue nonchalante la laisse à la marge
Du monde. « Ohé ! fillette ! » lui murmure soudain
Un génie, dans son rêve. « Tu peux faire un vœu ! » Large
Sourire de l'esclave de neuf ans. « As-tu faim ? »

Demande l'autre. « Eh bien ! Que tout Cotonou mange,
« Grâce à toi, jusqu'à la fin des Temps ! — Mon bel ange,
« Lui répond Clémentine. Voilà : je veux connaître…

« — Quoi donc ? Le nombre d'enfants esclaves ? Six cent
« Mille, sous le Sahara ! Ou alors, peut-être,
« Pourquoi tes parents t'ont… — C'est ça ! — Debout là-d'dans !! »